Rien de plus dur que de soumettre tout économiste à l’exercice périlleux de l’hypothèse. La tentative se révèle encore plus critique lorsque la cible choisie par actuel, Najib Akesbi illustre toutes ses démonstrations à coups de statistiques, de chiffres et de pourcentages, et est d’autant plus connue pour son pragmatisme éminent et légendaire. Habitué à conjuguer ses verbes au temps factuel du présent, celui-ci a accepté pour nous d’intervenir au conditionnel. Mais des chiffres, nous l’en avons pas complètement privé puisqu’il y en a eu aussi lors de cet entretien. Ensembles, après avoir calculé un impôt sur le revenu hypothétique, partant de

Par Brahim Taougar

Par Brahim Taougar

données confirmées si le kif venait à être dépénalisé au Maroc, nous avons pu déterminer la modique somme de 30.000 milliards de dhs de rendement. Plus que les recettes du tabacs, de l’IR, du pétrole, et même de la TVA interne. Voila de quoi pousser tout économiste à donner sa bénédiction à la légalisation du kif, mais heureusement pour actuel, convaincu, Najib Akesbi l’était déjà. Rencontre.

Le secteur agricole, aujourd’hui non imposable, est prévu d’être fiscalisé à partir de 2014. Quel effet cela aurait-il sur l’économie si les agriculteurs du kif venaient eux-aussi à payer leurs impôts?

Ceux-ci travaillent aujourd’hui dans l’informel, si on se place en situation où le secteur serait en effet fiscalisé en 2014, il faudrait tout simplement appliquer le régime de l’impôt sur le revenu. A partir du moment où la production serait valorisée, l’IR serait appliqué sur tout paysan qui gagne au moins 30.000 dhs par mois. Ce dernier devrait donc payer un impôt d’un taux débutant à 10% et pouvant atteindre les 40%, selon son revenu. Cela pourrait être donc très lucratif pour le Maroc, lorsqu’on sait que les terres de cultures du kif s’étalent à plus de 134000 hectares.

Sur la base de cette même hypothèse, le kif pourrait-il être soumis à la TVA ?

Tout produit agricole est d’hors champ de la tva, mais seulement à l’état frais. Mais dès que ce produit supporte la moindre transformation, il peut la subir. La feuille du kif ne la subirait pas, mais la poudre qui en est extirpée si. On pourrait , d’autre part, imaginer des taxes particulières sur le  kif si on aligne sa taxation sur celle du tabac, ce qui encore une fois rapporterait gros.

La valeur du kif resterait la même si celui-ci était légalisé?

Quelque soit la valeur d’un produit, disons, illégal, celle-ci ne peut forcément plus rester la même après dépénalisation. Celle-ci devrait donc forcément baisser, parce que justement ça serait libre. Elle serait privée de la prime de la pénalisation, et donc de celle de la peine elle-même, du fait qu’elle ne serait plus un délit. Et puis il y a l’offre et la demande. Sans aucun doute, cela conduirait à une augmentation automatique des surfaces de culture, une production abondante fera baisser les prix, même si cela ne peut être qu’à échelle saisonnière.

Il y a quelques temps, la question de la légalisation du kif s’est invitée au parlement. Un député usfpiste, Tarik Kabbaj a même suggéré l’inclusion de la culture de cette plante au Plan Maroc Vert…

Cette question ne cesse de créer un débat houleux, et ce depuis une dizaine d’année. Pour qu’on en parle au parlement déjà, c’est bon signe. Cela prouve que les mentalités évoluent. Mais se contenter d’en discuter n’est pas suffisant, et concernant cela on remarque une grande indifférence de la part des responsables. Après tout, il n’y a eu aucune réaction de la part des responsables.

Pensez-vous qu’il y aurait beaucoup à y gagner si le kif était dépénalisé?

Mais bien évidemment. En termes de rendement, il n’y a pas photo! Parlons au niveau régional, cela permettrait d’abord de valoriser beaucoup de régions. On amènerait à assurer aux paysans une meilleure condition de vie, et un meilleur revenu. Cela permettrait aussi de valoriser un potentiel d’espace et d’agro-système riche et important pour le pays. Le kif rapporte deux trois fois quatre fois plus que ce que rapporte n’importe quelle production. Proposez moi quelque chose qui rapporterait ne serait ce que la moitié de ce rapporte et rapporterait le kif et je serai partant dès demain. A l’échelle nationale, cela, je ne vous apprends rien, accroîtrait le tourisme. L’exportation du kif vers l’Europe apporterait tant de devises.

Selon vous, cette légalisation serait une bonne chose pour le pays ? Et là je m’adresse au citoyen que vous êtes.

Je suis pour sa libéralisation, en mettant ça avant tout sur le registre des libertés individuelles. Ceci  relève malheureusement d’un problème de société, et depuis quand la réglementation pouvait régler ceux-ci ? Il y a un freinage et des considérations de religion, d’autres politiques politiciennes, et d’autres encore diplomatiques. Après tout, supposons même que le Maroc légalise ce kif, l’Union Européenne ne le permettrait jamais. C’est d’ailleurs pour cela que nous risquons toujours d’être dans l’hypothèse en évoquant ce sujet.

About these ads